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Origine & Histoire


Si l’histoire du développement des échecs se trouve largement décrite et bien connue, les origines restent obscures et demeurent  un sujet controversé, certains la comparant  à la recherche du « chaînon manquant » dans l'évolution humaine !
L'évolution du jeu d'échecs, dont l'histoire remonte à plus de 1 500 ans témoigne des cultures qui l'ont adopté et nous offre une  passionnante découverte.



1-Une origine d'Asie centrale, encore indéterminée


  • De nombreux mythes

    De très nombreuses légendes existent.
    Une courte sélection des plus connues...
    • Le mythe du brahmane Sissa
La légende la plus célèbre sur l'origine du jeu d'échecs raconte l'histoire du roi Belkib (Inde, 3000 ans avant notre ère) qui  promit  une récompense exceptionnelle à qui lui proposerait une distraction qui le satisferait. Lorsque le sage Sissa, lui présenta le jeu d'échecs, le souverain, enthousiaste, demanda à Sissa ce que celui-ci souhaitait en échange de ce cadeau extraordinaire. Humblement, Sissa demanda au prince de déposer un grain de riz sur la première case, deux sur la deuxième, quatre sur la troisième, et ainsi de suite pour remplir l'échiquier en doublant la quantité de grain à chaque case. Le prince accorda immédiatement cette récompense en apparence modeste, mais son conseiller lui expliqua qu'il venait de signer la mort du royaume car les récoltes de l'année ne suffiraient à s'acquitter du prix du jeu. 
En effet, sur la dernière case de l'échiquier, il faudrait déposer plus de neuf milliards de milliards de grains (9 223 372 036 854 775 808 grains précisément), et y ajouter le total des grains déposés sur les cases précédentes, ce qui fait un total de 18 446 744 073 709 551 615 grains (la formule de calcul est alors  264-1)
Ce qui se traduit ainsi:
Plus de 18 milliards de milliards de grains  ou environ 720 000 millions de tonnes ou 1 000 ans de production mondiale de riz !

    • La légende grecque
 


Une autre légende place l'invention du jeu durant la guerre de Troie. Palamède, l'un des héros grecs, aurait inventé le jeu pour remonter le moral des troupes durant le siège de Troie
 








Palamède, c'est aussi le nom d'un chevalier de la Table ronde dans la littérature courtoise du XIIIe siècle. La légende du roi Arthur fait de ce chevalier Palamède, fils du sultan de Babylone mais converti au christianisme, l'instructeur de ses compagnons d'armes avec ce jeu qu'il a rapporté d'Orient. Ce Palamède devient l'inventeur "idéal" du jeu d'échecs pour la société médiévale 


  • D'anciennes théories  fantaisistes
    • Le mythe d'un ancêtre à quatre joueurs
Au XVIII° et XIX° des linguistes britanniques (Jones puis Forbes) expliquent  le sens du mot sanskrit chaturanga comme les quatre membres de l’armée  indienne et évoquent  un chaturanga pour quatre joueurs qui aurait figuré dans un texte sacré sanskrit, le Bhavishya Purâna, vieux de ... 5000 ans. Une idée s'installe: le premier jeu d’échecs inventé se jouait à quatre joueurs et à l’aide de dés puis se joua  à deux, principalement à cause de la difficulté à réunir quatre protagonistes.
Au XX° il est démontré que les textes du Bhavishya Purâna ne pouvaient pas être aussi anciens  (datent du XV°) et qu'ils ne contenaient aucune mention des échecs. Un mythe s'efface!


    • Les mythes face aux  connaissances actuelles
  La plus ancienne référence pour le jeu à quatre provient donc du XIe siècle seulement (un manuscrit arabe,  récit d'un voyage en Inde, écrit par un persan vers 1030), alors que la première mention écrite des échecs à deux, date du début du VIIe siècle, soit 400 ans auparavant, et vient de la Perse voisine. D'ailleurs, al-‘Adlî, un maître arabe qui écrivait vers 840 témoigne des différences entre les règles arabes et indiennes de son temps d'un  jeu d’échecs uniquement  à deux joueurs.
A noter que les textes indiens  utilisés par  les linguistes anglais datent de la fin du XV°.

  Dans l’Orient ancien, au IXe siècle, il existait  une variante, avec deux dés que les Européens ont continué d’utiliser pour choisir leurs coups aux échecs standards jusqu’au XIIIe siècle au moins. 

  • Les recherches historiques
    Les premiers échecs se jouaient donc très probablement à deux joueurs. Qui a inventé les échecs, quand, où, comment, pourquoi ?
    Il a existé dans tout l'Orient antique de nombreux "jeux de table" représentant un combat de pions à déplacer sur une sorte de damier. Ainsi le Ludus Latrunculorum, et le ludus calculorum, jeux de plateau stratégique pratiqués par les Romains
    •  Que trouve-t-on dans les anciens textes?
  La Perse présente  les trois plus anciens textes reconnus  (Wizârîshn î chatrang ud nîhishn î nêw-ardakhshîr et le Kârnâmag î Ardakhshîr î Pâbagân  et  le Khusraw î Kawâdân ud Rêdag) qui montrent que les échecs  (Chatrang) étaient connus dès  les années 550/600 avec  six types de pièces.

  L'Inde  laisse des  sources antiques, imprécises: un texte bouddhiste du IIIe siècle av. J.-C. évoque le Vinayapitaka, un jeu de dés sur plateau ; un texte daté en 643, est à double sens sur le mot Chaturanga  (armée ou jeu d'échecs ?) ;  une brève  allusion  aux échecs ne se trouve que vers 850 au Cachemire ; la première description complète n’intervient qu’au XIIe siècle. Or à cette date, les Arabes ont déjà tout écrit !

La Chine décrit des jeux dès le IIe siècle av. J.-C, puis au VI°S après JC  mais rien ne prouve que cela corresponde aux échecs et personne ne peut affirmer qu’il ne s’agissait pas des échecs ! L’existence du xiangqi devient indiscutable  à la fin du VIIIe siècle d'après une fable qui décrit un échiquier dressé avec des pièces d’or et de bronze.
    • Que prouve l'archéologie (actuelle !)
Les plus anciennes pièces d’échecs connues sont les sept qui ont été trouvées en 1977, près de Samarkand en Ouzbékistan. Il s’agit de petites figurines en ivoire, hautes de 3 à 4 cm : deux soldats, un cavalier , un éléphant monté, un homme chevauchant une sorte de fauve, deux chariots. Ces pièces furent datées du VIIe siècle. D’autres pièces semblables les ont rejoint, en provenance elles aussi des villes étapes de l’antique Route de la soie.

L’Inde, en revanche, a laissé très peu de témoignages archéologiques. Il est vrai que le climat humide conjugué à l’utilisation de matériaux périssables rend les fouilles moins fructueuses. Les plus anciennes pièces de xiangqi connues datent de 1100 et  ressemblent fortement à celles d’aujourd’hui.

  • Quel scénario pour une naissance ?

La théorie dominante, attribue la naissance des échecs à l’Inde du Nord, vers l’an 500
avec une  diffusion  en Asie centrale, puis en Chine, suivant la route empruntée par le bouddhisme. Cette hypothèse séduisante conserve toute sa crédibilité et sa vraisemblance, mais n'a aucune preuve ! Elle  est loin de tout expliquer !


En effet, la majorité des traces historiques  incline à placer la naissance des échecs en Asie centrale. Les recherches n'ont pas permis — à ce jour — d'amener des éléments concrets comparables pour l'Inde. 
Mais il reste une sérieuse objection : plusieurs caractéristiques des échecs chinois, le xiangqi, paraissent plus primitives que celles des échecs primitifs indo-persans (chatrang, chaturanga). 

  • Les  jeux primitifs
    • Le chaturanga en Inde (du sanskrit चतुरङ्ग / caturaṅga signifiant « quatre membres » ou « quatre parties »). Ce mot figure dans les épopées classiques comme le Râmâyana, composées avant notre ère, pour désigner  la quadruple constitution de l’armée indienne : éléphants, cavaliers, chars et fantassins ( et non pas une jeu à 4 !)


      En Inde, à partir de 643, il sert à désigner (peut-être, car l'interprétation n'est pas certaine) le jeu d'échecs. Le chaturanga est une version primitive des échecs actuels
      ( jeu de guerre indien) et se jouait  en deux versions:  deux et quatre  joueurs
                                                                         Krishna joue aux échecs avec Radha
      Inde, XVIIIe siècle.
      National Museum, New Dehli.
      Le premier à signaler une variante jouée à quatre joueurs est le Persan Al-Biruni qui visita le Penjab en 1030, qu'il vaut mieux  dénommer chaturaji , terme sanskrit signifiant « quatre rois ».

      Règles:

      Le jeu à 2
      est presque identique au Shatranj, avec pour seules différences : la promotion (déterminée selon la colonne d'arrivée, la position initiale des Rois croisée), l'utilisation des dés semble systématique (même si on peut imaginer que certains le pratiquaient sans, ce n'était pas dans les habitudes indiennes).

      Le chaturaji se jouait aussi à quatre  ("
      chaturaji ") sur un tablier de 8 × 8 cases qui  avait quelques marques spéciales, dont la signification est inconnue.
      La position des pièces et les règles de déplacement exactes ne sont pas connues, ou demeurent délicates à interpréter, mais les historiens supposent qu'elles étaient très proches du chatrang.(voir schéma)
       
    • Le Chatrang  (persan : شَطْرَنْج)   puis Shatranj  'arabe) est considéré comme l'ancêtre du jeu d'échecs. Il est la version perse du jeu indien Chaturanga, à moins que ce ne soit le contraire...
       S'il est difficile de préciser une date, le Shatranj est assurément déjà bien bien présent au VIIème siècle. Les grandes voies commerciales telles la route de la soie étaient d'importants lieux d'échanges culturels, et ont naturellement permis aux 2 jeux de se répandre.













      Les règles du Chatrang sont très similaires aux
      échecs modernes. Le jeu se joue sur un plateau mono-couleur. La position initiale des pièces est la même qu'aujourd'hui, à l'exception près que la position du roi n'est pas fixée en fonction de sa couleur mais par les joueurs.
      Le jeu se joue avec les pièces suivantes:
          le roi (Shâh, qui donne son nom au jeu) se déplace d’un pas dans toutes les directions ;
          le conseiller (Farzin ou Vizir) au mouvement est limité à une seule case en diagonale ;
          l’éléphant (Fil qui donnera "fou") avec un déplacement correspondant à un saut de deux cases en diagonale ;
          le cheval (Faras), identique au cavalier moderne ;

          le char (Roukh), identique à la tour actuelle.
          le soldat (piéton, fantassin), équivalent du pion, mais dépourvu du double pas initial. Le soldat est promu en conseiller lorsqu'il arrive sur la 8ème rangée de son adversaire.

      La victoire s'obtenait aussi bien par la prise du Roi ("Shah mat", signifiant le Roi est mort, est l'origine de l'expression moderne "échec et mat", phonétiquement similaire dans toutes les langues), mais aussi en capturant toutes les pièces ennemies et en immobilisant l'adversaire. L'utilisation des dés (désignant la pièce à jouer), sans être la règle, était néanmoins très populaire.

      Plus que l'Inde, c'est la Perse qui a donné au jeu une structure suffisamment moderne pour que l'on puisse parler "d'échecs". D'ailleurs, le mot
      "échec"  remonte au terme persan shah qui désigne le roi.




    • Le xiangqi (chinois « échiquier des éléphants »), aussi appelé « échecs chinois » (par opposition aux échecs occidentaux), est un jeu de société combinatoire abstrait qui se joue sur un tableau rectangulaire de 9 lignes de large sur 10 lignes de long.

      Le jeu est également connu au Japon sous le nom de kawanakajima shōgi (le shōgi est un autre jeu d’échecs traditionnel au Japon, avec de nombreuses variantes).

       


      Ce jeu se joue avec 16 pièces par joueur qui sont placées sur les intersections des lignes. Les deux camps sont le rouge et le noir (ou bleu). Une rivière, qui limite aussi les déplacements autorisés de certaines pièces, sépare les deux camps sur le plateau où figure aussi la position de chaque palais



      Chaque joueur possède :1 général (équivalent du roi) ; 2 gardes (ou conseillers, mandarins) ; 2 éléphants (ou ministres), donnant leur nom au jeu  ; 2 chevaux (proches des cavaliers aux échecs occidentaux) ; 2 canons (ou bombardes) ; 2 chariots (équivalents des tours) ; 5 soldats ou élites (aussi communément appelés pions par analogie aux échecs occidentaux).

      Les pièces, bien que similaires dans leur actions, n’ont pas le même nom selon leur camp.
    • Tableau comparatif du nom des pièces

      source "Univers des Echecs"

      anglais français ancien français arabe persan sanskrit
      Chess Echecs Esches Shatranj Chatrang Chaturanga
      King Roi Roy Shah Shah Rajah
      Queen (Reine)
      Dame
      Fierge
      (vierge)
      Firzan, Fiz Farzin
      (Vizir)
      Mantri
      Rook Tour Roc Rukh Rukh
      Roukh
      (char)
      Roka
      Nauka (navire)
      Bishop Fou Alphin, Aufin Fil Pil
      (éléphant)
      Hasti
      kNight Cavalier Chevalier Faras Asp Ashwa
      Pawn Pion Paon Baidaq Piyadah Padati
  • Conclusion : 
L’énigme obéit peut-être à un schéma plus complexe d’influences multiples, croisées, superposées entre les civilisations et leurs jeux.
Le berceau des échecs se cache encore quelque part en Asie.


Complément 
La référence ndispensable: l'ouvrage de JL Cazaux "L'odyssée des jeux d'échecs"
Lire Non, les échecs ne dérivent pas d’un jeu à quatre joueurs ! de JL Cazaux



2-Les échecs dans le monde arabe : le shatranj

Lorsque les Arabes envahissent la Perse (642), ils adoptent le Chatrang sous le nom de shatranj
qui était déjà bien populaire. Le jeu suit alors l'expansion de l'empire islamique. Le Shatranj atteint donc le sud de l'Europe au cours du VIIIème siècle. Les échecs connaissent alors un développement remarquable.

Présentation au roi sassanide Chosroès du jeu d'échec importé récemment d'Inde
Shâh-nâma, Le Livre des rois par Abû al-Qâsim Firdawsî de Tûs (mort vers 1020).
Manuscrit copié en 1604 par Muhammad Djân Kirmânî
Paris, BNF, Manuscrits




C’est au cours des IXe et Xe siècles qu’apparaissent les premiers champions et compétitions (847) et les premiers traités
(
AI-Adli rédige son Livre des échecs en 842).











'Ibn 'Arabshâh (1389-1450), 'Ajâ'ib al-maqdûr fî qissat Timûr (Merveilles de la destinée dans l'histoire de Tamerlan). Copie du manuscrit achevée le 24 septembre 1451. BNF, Manuscrits (arabe 1901 f° 128v°)



De cette époque datent des fins de parties analysées et des  études  de parties réellement jouées dont le dénouement est particulièrement beau ou surprenant. C'est la naissance du problème d'échecs.

Ce problème (le plus ancien connu ?)  daterait de 840, mentionné par Al-Suli dans son manuscrit. Les blancs jouent et font mat en 3 coups.


1. Ch5 +     TXC   
2. TXg6 +   RXT      

3. Te6 mat



Les pièces sont stylisées en raison de l’interdiction de représenter des êtres animés. On retrouve alors :



    -le roi (Shâh, c'est lui qui donne son nom au jeu) se déplace d’un pas dans toutes les directions ;
   - le conseiller (Farzin ou Vizir) dont le mouvement est limité à une seule case en diagonale ;
    -l’éléphant (Fil, cf. sanskrit pīlu) avec un déplacement correspondant à un saut de deux cases en diagonale ;
    -le cheval (Faras), identique au cavalier moderne ;
    -le Roukh,(Char ?) semblable à la tour actuelle.
    -le soldat (Baidaq, cf. sanskrit padāti : piéton, fantassin), l’équivalent du pion, mais dépourvu du double pas initial.





3-Arrivée en Europe et évolution


  • L’arrivée des échecs en Europe
VIIe-IXe siècles : Diffusion des échecs orientaux dans tout le monde islamique jusqu'en Espagne musulmane. Le jeu est introduit en Chine et au Japon par voies commerciales.  
711 : Les musulmans s'emparent de Tolède. Les populations conquises, juives et chrétiennes, font connaissance avec le jeu d'échecs.

L’arrivée des échecs en Europe se fait sans doute par l’Espagne musulmane aux alentours du IXe et Xe siècle, ou par l’Italie du sud (Sicile), se diffusant dans toute l'Europe à partir du XIe siècle.
Ainsi  via la Mer Noire le jeu se répand jusqu’en Scandinavie et  Russie.

Une légende a longtemps attribué un jeu d'échecs à Charlemagne qui l'aurait reçu de la part du calife Haroun al-Rachid, on pense aujourd'hui qu'il fut fabriqué postérieurement près Salerne à la fin du XIe siècle.
L'échiquier de Charlemagne est un ensemble de pièces d'échecs datant du 11e siècle, en ivoire. Conservé initialement dans le trésor de Saint-Denis, les pièces restantes sont actuellement exposées au Cabinet des médailles, à Paris, en France.

Le poème latin Versus de scachis (en) écrit à la fin du Xe siècle contient les premières règles écrites en Europe. En 1010, une mention écrite a été trouvée dans un testament du comte d'Urgel, en Catalogne.

Vers l'est, les caravanes ont déjà porté le jeu jusqu'en Chine et au Japon.

 


À partir de 1200, apparaissent les premiers écrits occidentaux :

-
Bonus Socius : le premier traité occidental échiquéen en latin est publié par  le Lombard Nicolas de Nicolaï  (?) en 1275, cet ouvrage s'inspire des compositions arabes antérieures. Manuscrit en  en latin, premier traité occidental sur les jeux d'échecs,  sous le pseudonyme Bonus Socius ('ego bonus socius', "Moi, le Bon Compagnon").


-Le Livre des jeux d'Alphonse X, roi de Castille et passionné du jeu.

Appelé également Libro del axedrez, dados e tablas, c'est le traité du jeu d'échecs le plus ancien conservé en Europe. Il se compose de 98 pages illustrées de nombreuses miniatures qui montrent les positions des jeux. C'est un des documents les plus importants pour l'histoire des jeux de société. L'unique original connu se trouve à la bibliothèque du Monastère de l'Escurial.
Cet ouvrage nous informe sur l'état et les règles du jeu d'échecs à l'époque où il a été introduit dans les royaumes chrétiens par le monde musulman.


                                                Problème d'échec nº 35 du Libro de los juegos.

-Le Livre des échecs moralisés  du moine Jacobus de Coesolis (Jacob de Cessoles)
qui propose chaque dimanche des prêches s'inspirant du jeu d'échecs. Vers 1315, il décide de compiler ses sermons par écrit. Il établit des relations entre déplacement des pièces et concepts moraux ; la partie devient, au-delà d'une représentation de la hiérarchie sociale, une allégorie de la vie spirituelle.  En fait, son traité, divisé en vingt-quatre chapitres, paraît n'être qu'une compilation de divers manuscrits espagnols. 



-Le Livre des échecs amoureux est rédigé vers   1400 par Évrart de Conty , médecin du futur Charles V. C'est un livre d’éducation princière.




  • Un jeu populaire, avec ou sans dés...Les échecs sont  la distraction favorite à la cour, souvent représentés dans les romans de chevalerie.
    Deux manières de jouer aux échecs sont alors pratiquées : avec ou sans dés. Transmis en Occident "avec ou sans dés", le jeu est immédiatement condamné par l'Église  (
    Concile de Paris de 1212) comme tous les jeux de hasard, intéressés ou non. Saint Louis interdit dans sa Grande ordonnance de 1254 ce jeu de mauvaise réputation coupable de troubler la moralité publique.


Pour s'affranchir de cet opprobre, les aristocrates abandonnent rapidement les dés, privilégiant la réflexion et la stratégie. Il faudra attendre un siècle pour que l'interdiction soit levée et que les échecs soient admis, mais "sans dés, pour le seul amusement et sans espoir de gain". Dans les tavernes,  les parties sont  soumises à des enjeux entraînant rixes voire meurtres qui nuirent longtemps au roi des jeux. C'est en renonçant progressivement à l'emploi des dés que le jeu d'échecs (début XIV°) acquiert une certaine honorabilité. 
 La dernière trace d'utilisation de dés se  trouve dans une chanson de geste anonyme datant de la fin du XIIIe siècle, "Huon de Bordeaux"  avec cet expression :  " Madame, quelle partie voulez vous jouer ? jouez vous aux échecs avec les coups ou avec les dés ?"

 D'ailleurs on peut imaginer l'angoisse des joueurs regardant les dés tournoyer, et voir  une belle position s'effondrer sur un coup de dé malheureux et inversement voir de piètres joueurs gagner partie et argent au seul bénéfice d'un hasard favorable.

La popularité des échecs atteint son apogée entre le XIIe siècle et le XVe siècle : faisant partie intégrante de l’éducation du futur chevalier, le jeu se répand dans le milieu de la bourgeoisie à partir du XIVe siècle. Les documents écrits et figurés qui mettent en scène des rois, des princes, des seigneurs et de nobles dames jouant aux échecs  sont très nombreux jusqu'au XVIe siècle.


Le jeu de guerre devient un jeu de cour puis  les échecs se popularisent et gagnent toutes les couches de la société occidentale.



  • L’échiquier s'occidentalise
 
L’échiquier s'occidentalise au milieu du XIIe siècle, les pièces devenant plus mobiles probablement en lien avec le développement de la poudre à canon qui rend l'artillerie des champs de bataille plus puissante :

    -le plateau devient bicolore  vers l'an 1000, avec les cases rouges et noires (qui deviendront plus tard blanches et noires) ;
   - le vizir devient fierge (ou vierge), puis reine et/ou dame (il est difficile de déterminer lequel des deux termes prévalait — sans doute étaient-ils utilisés indifféremment) ;
    -l'éléphant (al fil en arabe, qui reste alfil en espagnol aujourd'hui) devient aufin, puis fou (bishop : évêque en anglais) ;
   - le roukh arabe devient roc (ce nom donnera rook en anglais, le verbe « roquer » en français et désignera la tour d'échecs en héraldique), puis tour vers la fin du XIIe siècle.

Dans certaines régions d'Europe, le double pas initial du pion est pratiqué.

  • Dernière évolution
Mais l’évolution la plus importante a lieu à la fin du Moyen Âge, vers 1475 à Valence en Espagne lorsque les mouvements limités de la reine/dame et du fou sont remplacés par ceux que nous connaissons actuellement. 


  •  Premiers traités fin XV°
Le premier traité reflétant ces innovations est généralement attribué à Francesc Vicent, publié en 1495, mais il est aujourd'hui perdu.
 Le deuxième, attribué à Lucena, nous est parvenu.




  • Les échecs au travers des œuvres d'art
    Un site présente les principales œuvres d'art relatives aux échecs, classées chronologiquement du X° à nos jours. La présentation de ces œuvres offre un panorama réaliste de la popularité du jeu dans la société.

4-L'époque moderne et contemporaine

  • Établissement des règles
Pour parer aux effets dévastateurs des pièces aux pouvoirs renforcés, le roque est inventé vers 1560 (Greco, en Italie) et, progressivement, il remplace le saut initial du roi ou de la reine/dame qui deviennent obsolètes. 
Vers 1650, on peut considérer que les règles du jeu moderne sont à peu près établies

  • Une littérature qui s'enrichit du XVI° au XVIII°
Si les premiers livres traitant des échecs remontent à l'époque arabe (AI-Adli rédige son Livre des échecs en 842), la stabilisation des règles en Europe donne naissance à une littérature théorique très riche et on observe notamment l'élaboration des premiers systèmes d'ouverture.

-Damiano , portugais, publie en 1512  un  traité d'échecs, en 10 chapitres, en italien et en espagnol,  "Questo libro et de imparare giocare la scachi : Et de belitissimi Partiti". Il connaît un succès d'édition sans précédent et devient une référence.

-Ruy López a écrit en 1561  le Libro de la Invencion del Arte Liberal del Axedrez (Livre de l'invention de l'art libéral des échecs) qui compte parmi les premiers manuels ayant fondé la théorie des échecs en Europe, et une ouverture porte son nom (la partie espagnole).



-Gioachimo Greco (1619) écrit un traité qui renferme beaucoup de parties brillantes et combinaisons célèbres qui deviennent une référence







-Philidor , champion français, publie « L'Analyse des Echecs  » en 1749, un des premiers traités d'échecs en langue française et un classique du genre.
Il révolutionne le déroulement tactique des parties en confiant aux pions un rôle fondamental



-Stamma, en 1737 fut le 1er à introduire la notation algébrique dans son recueil de fin de parties "Essai sur le jeu des échecs" sans  grand succès car Philidor  utilise la notation descriptive dans ses livres. La notation algébrique finira malgré tout par se généraliser






-Benjamin Franklin publie  en 1783 La Morale aux échecs, premier traité échiquéen américain, où il invite ses concitoyens à pratiquer le jeu sans réserve.
« Le jeu d’échecs fait naître et fortifie en nous plusieurs qualités précieuses dans le cours de l’existence, telles que la prévoyance, parce qu’il oblige à anticiper ; la vigilance, parce qu’il exige que l’on observe tout l’échiquier ; la prudence, parce qu’il faut se garder de jouer des coups sans réfléchir ; enfin, nous y apprenons la plus important, une leçon pour toute la vie : quand tout semble aller mal, nous ne devons jamais nous décourager, mais toujours espérer que les choses iront mieux, toujours chercher résolument la solution de nos problèmes. »

-La première revue échiquéenne "Le Palamède", revue mensuelle des échecs de 1836 à 1847 de La Bourdonnais champion de l'époque et de Joseph Méry poète journaliste. Son titre évoque le héros d'Homère qui aurait inventé les échecs pour distraire ses soldats pendant le siège de Troie.



  • Les pièces
Vers 1818, les pièces française de style Régence, fines et élégantes, s'imposent. 




Elles seront normalisées par l'Anglais Staunton en 1850 comme la référence en compétition. 
L’aspect physique des pièces le plus courant aujourd’hui,  s'appelle donc : le style « Staunton »



  •  La compétition
Historiquement, en 1574, Philippe II d'Espagne est le mécène du premier tournoi occidental, entre champions italiens et espagnols.

Au XVIII° les cafés accueillent les joueurs comme le célèbre "Le Café de la Régence" où l'on fait des parties "amicales" parfois avec paris d'argent, et pour affronter les plus forts, il faut payer!. Ce café demeura pendant deux siècles le haut lieu des échecs en France.





C’est durant la seconde moitié du XIXe siècle que les premières compétitions internationales ont lieu. Le premier, initié par Staunton, fut tenu à Londres en 1851. Le joueur allemand Andersen y remporta le prix et triompha de même au second tournoi de Londres (1862).
Ainsi les progrès théoriques de l’art de la défense mettent un terme à l’ère romantique.



  • Les échecs "spectacle"
    • Le Turc mécanique ou l'automate joueur d'échecs !?

      Le Turc mécanique ou l'automate joueur d'échecs est un canular célèbre construit à la fin du XVIIIe siècle : il s’agissait d'un prétendu automate doté de la faculté de jouer aux échecs. Construit et dévoilé pour la première fois en 1770 par J von Kempelen, le mécanisme semble être en mesure de jouer contre un adversaire humain, ainsi que de résoudre le problème du cavalier, un casse-tête qui exige de déplacer un cavalier afin d'occuper une fois seulement chaque case de l'échiquier. De 1770 jusqu'à sa destruction en 1854, il a été exposé par différents propriétaires en tant qu'automate, bien que le canular ait été expliqué, après bien des soupçons, au début des années 1820. Extérieurement, il avait l’apparence d'un mannequin habillé d’une cape et d’un turban assis derrière un meuble d’érable. Le meuble possédait des portes pouvant s’ouvrir pour révéler une mécanique et des engrenages internes qui s'animaient lors de l'activation de l'automate.

      Le Turc mécanique, gravure de Karl Gottlieb von Windisch dans le livre de 1783, Raison inanimée.

      En réalité, le mécanisme n'était qu'une illusion permettant de masquer la profondeur réelle du meuble. Celui-ci possédait un autre compartiment secret dans lequel un vrai joueur pouvait se glisser, et manipuler le mannequin sans être vu de quiconque. L'automate était alors capable de jouer une vraie partie d'échecs contre un adversaire humain. Grâce au talent de ses joueurs cachés, le Turc mécanique remporta la plupart des parties d'échecs auxquelles il participa en Europe et en Amérique durant près de 84 ans, y compris contre certains hommes d'état tels que Napoléon Bonaparte, Catherine II de Russie et Benjamin Franklin.




      Compléments sur Wikipédia



    •  Les tournois exhibition


      Parties simultanées et à l'aveugle, spectaculaires pour le non-initié, sont principalement utilisées lors d'exhibitions depuis très longtemps !



      Une partie simultanée est une rencontre entre un fort joueur (le plus souvent un maître international ou un grand maître international) et de nombreux adversaires, généralement d'un niveau amateur, chacun sur un échiquier séparé. En général, il n'est pas fait usage de pendule d'échecs, et les échiquiers sont disposés en cercle ou en carré autour du maître qui a les Blancs sur chacun des échiquiers. Le maître passe d'un échiquier à l'autre dans un ordre déterminé, et ses adversaires jouent au moment où il se présente devant leur échiquier, la réponse du maître est généralement rapide pour éviter que l'évènement ne dure trop longtemps.






      Les parties à l'aveugle
      sont une variante du jeu d'échecs dans laquelle l'un ou les deux joueurs ne voient pas l'échiquier et s'annoncent les coups oralement.Le premier évènement connu en Europe s’est déroulé à Florence en 1266. Le grand joueur français  Philidor a démontré ses capacités à jouer jusqu’à trois parties à l’aveugle simultanément en 1783
      avec un grand succès.



      Morphy
      a tenu en 1858 une démonstration de jeu à l’aveugle contre huit des meilleurs joueurs de Paris avec un résultat étonnant de six victoires et deux nulles.





  • Au XXe siècle
Le monde des échecs  se structure, avec la fondation, en 1924, à Paris, de la Fédération Internationale des Échecs (FIDE), qui compte aujourd'hui 175 pays membres. La Fédération française avait été fondée dès 1921. C'est sous l'égide de la FIDE qu'ont été organisés de grands tournois internationaux. Les championnats du monde, et le titre qu'ils consacrent  désormais officiellement, existent depuis 1948 et se déroulent tous les trois ans. Depuis 2000, les échecs sont devenus, en France, un sport reconnu par le ministère de la Jeunesse et des Sports. 
Depuis 2013, le champion du monde est le Norvégien Magnus Carlsen qui a succédé à l'Indien Anand.


Au XXe siècle, l’URSS, en assure une promotion très active, le considérant comme un excellent outil de formation intellectuelle. C’est, en outre, une vitrine de la formation intellectuelle soviétique qui leur permet de dominer largement une discipline prestigieuse avec de 1948 à 1972 : Botvinnik, Smyslov, Tahl, Petrossian et Spassky.

Durant la guerre froide, l'émergence de Bobby Fischer, le premier Occidental à défier les Soviétiques au plus haut niveau puis de Viktor Kortchnoï, dissident Soviétique qui parvint deux fois en finale du championnat du monde, donnent à cette compétition une véritable dimension politique. Plus tard, les tensions entre conservateurs russes et partisans de la perestroïka se sont cristallisées autour de l’affrontement entre Anatoli Karpov et Garry Kasparov.

À la fin du XXe siècle, la confusion concernant le titre de champion du monde  amène l’attention médiatique à se concentrer sur l’opposition entre l’humain et la machine, comme en témoigne le retentissement médiatique des matchs entre Kasparov et Deep Blue.

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Les femmes font également leur apparition au plus haut niveau dans un domaine longtemps réservé de fait aux hommes. Ainsi, dans la décennie 2010, Judit Polgár a figuré parmi les trente meilleurs joueurs mondiaux du classement de la Fédération internationale des échecs et est même arrivée 8e en janvier 2004.





SOURCES :
Ce texte est une synthèse effectuée à partir des sites suivants:

-l'ouvrage de JL Cazaux " L'Odyssée des jeux d'échecs"  est INDISPENSABLE
-
Les  premiers sites sont essentiels


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