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Femmes et Echecs





[Cet article et le diaporama sont  une synthèse réalisée à partir des sources indiquées.]

  • Quelques chiffres : Actuellement aucune femme  ne figure au top 100 mondial. 








Les femmes représentent 5 à 10  % des joueurs classés en France et aussi dans le monde. Si le pourcentage de femmes au top niveau est faible, c’est donc avant tout parce que moins de femmes jouent aux échecs.

Le pourcentage de femmes jouant aux échecs n’est pas le même dans tous les pays. Ainsi, on trouve 30% de joueuses en Chine (elles sont 23 dans le top 100) et 27% de joueuses en Géorgie (elles sont 36 dans le top 100 !). Doit-on conclure que Chinoises et Géorgiennes ont un gène échiquéen absent chez les Françaises ou alors que ces différences sont culturelles ?

Toutefois, actuellement, les femmes sont de plus en plus nombreuses à pratiquer le jeu d’échecs et donc, de plus en plus nombreuses à haut niveau.



  • Championnats : Une discrimination négative

Une  des explications à la différence hommes/femmes aux échecs est la séparation des sexes dans les championnats.
En effet, dans les championnats de France, jeunes comme adultes, il y a un tournoi mixte (de fait, presque toujours exclusivement masculin) et un tournoi féminin (interdit aux hommes). Si de nombreux sports physiques autorisent  une telle distinction  compréhensible et souhaitable, autant pour le jeu d’échecs, elle est injustifiée et a des effets profondément pervers. Des joueuses ont lancé une pétition adressée à la Fédération Française d’Echecs afin de changer cet état discriminatoire. 


Le 1er tournoi féminin de l'histoire des échecs fut organisé à Londres du 23 juin au 3 juillet 1896, en l'honneur du jubilée de la reine Victoria. Les Dames n'ayant pas obtenu de prix furent récompensées par un lot de consolation de sa majesté... une aiguille à coudre avec du fil...




De même il existe un championnat du monde d’échecs féminin  organisé par la FIDE depuis 1927. qui a lieu chaque année depuis 2010. L'actuelle championne est  la Chinoise Hou Yifan. Mais quelques femmes ont choisi de participer exclusivement aux compétitions mixtes et n’ont jamais concouru pour le titre mondial féminin. C'est notamment le cas de Judit Polgar qui a obtenu le meilleur classement Elo parmi les femmes (2 735) et a terminé huitième du championnat du monde d'échecs en 2005 et quart de finaliste en 1999.


Par ailleurs, on trouve moins de Noirs chez les joueurs d’échecs (en général et au top niveau) que dans la population globale. Une des raisons à cela est  historique : le jeu d’échecs, inventé en Perse puis dominé par les Arabes, a été importé en Europe à la fin du Moyen-Âge sans jamais toucher l’Afrique Noire. Mais personne (?) n’oserait dire que les Blancs sont naturellement plus forts aux échecs que les Noirs, tout comme personne n’oserait dire que les Noirs sont naturellement plus forts à l’awalé que les Blancs. Et surtout, on n’organise pas de tournois d’échecs pour Noirs, interdits aux Blancs ! C’est pourtant ce qui se passe pour les filles dans les championnats de France.

Les chiffres sont éloquents et présentent une réalité indéniable, par ailleurs la discrimination est une réalité. La question : pourquoi  cette différence de niveau ? une telle situation aujourd'hui?


Commençons par évoquer la famille Polgar...

2-La saga de la  famille Polgar


2-1 La famille Polgar, ou comment fabriquer des génies

Durant les années 60, un psychologue hongrois nommé Laszlo Polgar dévora des biographies de centaines de grands intellectuels et constata un point que tous se partagent : une spécialisation précoce et intensive. Il en conclut que le génie est acquis et non inné “geniuses are made, not born” et se mit au défi de le prouver en rendant géniaux ses futurs enfants.

Plus pragmatique que romantique, il posta une petite annonce dans le journal, disant en substance “recherche femme pour avoir des enfants génies”. L’annonce ne resta pas sans réponse et en 1969, naquit Susan. Quatre ans plus tard, alors que son père hésitait encore entre la spécialiser en mathématiques ou en physique, la gamine découvrit par hasard un jeu d’échecs et demanda à ce qu’on lui apprenne les règles. Ce fut une révélation… pour son père. A la fois une science, un art et un sport, le jeu d’échecs présente l’avantage de produire des résultats parfaitement mesurables, l’idéal donc pour retranscrire la progression de la progéniture.

Onze ans d’entraînement intensif plus tard, Susan était devenue, à l’âge de 15 ans, la meilleure joueuse du monde. Elle ne se fit doubler que par Szofia, sa petite soeur. Judit, la cadette, prit le relais en 1989.

Judit Polgar devint Grand Maître à 15 ans seulement, battant le record de précocité auparavant détenu par l’américain Bobby Fischer. Par la suite, elle s’offrit le scalp des meilleurs joueurs mâles, dont celui de Garry Kasparov, même si elle ne devint jamais championne du monde (mixte). Elle mit fin à sa carrière en août 2014, sans jamais avoir quitté sa place de meilleure joueuse du monde durant ces vingt-cinq années !


Pour Papa Polgar, preuve a été faite de sa thèse sur l’acquisition du génie, expliquant la supériorité de la cadette par l’amélioration de ses techniques d’entraînement au fil des années. Ses détracteurs remarquent que les soeurs ont un patrimoine génétique évidemment proche et peuvent donc toutes avoir un talent échiquéen inné. En outre, ils constatent que, aussi remarquable que soit le cas Polgar, il y a par ailleurs de nombreuses tentatives parentales qui ont échoué.

Alors, les filles ont-elles le même potentiel échiquéen que les garçons ?

2-2 Analyse de Judit Polgar


La  championne Judit Polgar d’origine hongroise, a été au top de sa carrière classée huitième mondiale. Elle a été grand maître à l’âge de 15 ans (battant à l’époque un record mondial mixte), et est considérée comme la meilleure joueuse féminine de tout les temps.
Elle nous donne 5 pistes sur le pourquoi de la différence de niveau entre les hommes et les femmes dans les jeux d’échecs au niveau professionnel :

-Les échecs sont un milieu très macho
-Peu de femmes sont présentes dans les compétitions
-Les femmes prennent les échecs comme un hobby et les hommes de manière bien plus agressive, voulant obtenir des résultats et gagner
-Vivre des échecs est une vie difficile, car il faut beaucoup voyager, on ne se trouve pas souvent à la maison. Comme ce sont les femmes qui culturellement s’occupent plus souvent du foyer, c’est d’autant plus dur pour une femme
-Les femmes ne se fixent pas des objectifs assez élevés, donc l’objectif atteint est forcément aussi moins élevé. L’objectif « Je serai la championne du monde féminine » est moins élevé que « Je serai la championne du monde mixte » puisque le niveau masculin est, de fait, plus élevé.


2-3 Et en France ?


Marie Sebag, est la plus grande joueuse française de tous les temps. Grand Maître international Féminin (GMF), elle est la 1ère joueuse française à acquérir le titre de Grand Maître International (GMI).



Elle obtient, en 1998, le titre de Championne d'Europe des moins de 12 ans; puis en 1999, le titre de Championne d'Europe des moins de 14 ans, et en 2002, le titre de Championne d'Europe des moins de 16 ans. En 2004, elle est 1ère ex aequo au Championnat du Monde des moins de 18 ans.

Au 1er janvier 2016, son classement Elo est de 2 490 points, faisant d'elle à cette date la 18e joueuse mondiale, la première joueuse française et le 36e joueur français.








3-Quelques explications : L'avis des sociologues

De nombreuses différences culturelles expliquent l’écart de niveau entre hommes et femmes aux échecs. Et à ce jour, aucune preuve d’une quelconque différence naturelle pouvant causer cet écart n’a pu être avancée. D’année en année, les femmes progressent et rattrapent les hommes. Mettre fin à la séparation des sexes dans les championnats serait un pas supplémentaire en direction de l’égalité au jeu d’échecs, et par extension, dans la société.


  • Jeu d’échecs et galanterie au Moyen-âge.

Cassiel et Phésona jouant aux échecs
Jean Wauquelin, Histoire d'Alexandre le Grand. XVe siècle.
BNF, Manuscrits (fr. 9342 f° 48v°)
Tristan et Yseut buvant le philtre d'amour
Tristan de Léonois. XVe siècle. (Messire Lancelot du Lac, de Gaultier de Moap, 1470)
BNF, Manuscrits (Fr. 112 fol. 239)
ccc



Partie d'échecs "courtoise"
Les Échecs amoureux. Manuscrit copié et peint pour Louise de Savoie, vers 1500-1505. Parchemin (416 feuillets, 51,5 X 34,5 cm).
BNF, Manuscrits (fr. 143 f° 1)
Scène galante d'échecs
Gravure, 1689.
BNF, Estampes et Photographie (Hennin T. 65 N° 5722 G156611)


Dans l' Histoire du jeu d’échecs, Harold  Murray indique : « Au Moyen-âge, les gens des deux sexes appréciaient la liberté des rapports que permettait ce jeu. Il était même autorisé de rendre visite à une dame dans sa chambre pour  y pousser du bois».
De nombreuses miniatures,   peintures médiévales et de la Renaissance (jusqu'au XVI°)  ont comme inspiration le thème des femmes et de l’échiquier. Le noble jeu était pour celui-ci non seulement un élégant moyen de communication, mais aussi un artifice utilisé pour les déclarations courtoises et galantes. 

Et puis les choses ont changé. Pourquoi ?

Le sociologue Jacques Bernard dans "Pyscho-sociologie des joueurs d’échecs" indique
 « Deux explications sont couramment avancées, répond le sociologue, l’une, d’ordre physiologique, considérerait que le mode de pensée serait différent chez l’homme et chez la femme, différence qui avantagerait le premier. L’autre, historique et sociologique, verrait, dans le peu de réussite aux échecs de la compagne de l’homme, une conséquence de l’assujettissement dans lequel la société masculine l’a confinée ».


  • Musique, maths échecs...l’inné et l’acquis ?

 S’il paraît logique que dans les disciplines  physiques les femmes ne puissent obtenir les mêmes résultats que les hommes, il semblerait naturel qu’aux échecs, sport cérébral, leurs compagnes puissent atteindre un niveau égal. Or, ce n’est pas le cas.
On a longtemps cru que les hommes étaient plus doués que les femmes pour les disciplines scientifiques comme  les mathématiques mais aussi pour  la musique, les échecs !

Comparant les échecs à la musique, Jacques Bernard cite un joueur professionnel occupant des responsabilités fédérales et proposant l’explication  suivante: « Si l’on compte, depuis le XVII° siècle, un nombre toujours croissant de femmes écrivains, on serait bien en peine de citer le nom d’un seul compositeur de sexe féminin ».
Pour lui, cette constatation pourrait fournir la clé du mystère : « Si l’on considère que la composition musicale, tout comme les échecs, présente de profondes affinités avec le raisonnement mathématique, alors naît l’idée que, par leur nature, les femmes seraient moins aptes à maîtriser le domaine de la pensée abstraite ». Sic...

 L’Iranienne Maryam Mirzakhani, la première femme lauréate de la médaille Fields en 2014, l’équivalent du prix Nobel en mathématiques, a fait son doctorat à Harvard, une université dont le président affirmait, en 2005, que l’absence de femmes parmi les grands mathématiciens était liée à des phénomènes biologiques. « Je serais très heureuse que cette médaille encourage de nombreuses jeunes femmes scientifiques et mathématiciennes dans cette voie. Je suis sûre que beaucoup d’autres femmes gagneront ce genre de prix dans les années qui viennent », a-t-elle déclaré en recevant la médaille Fields.

Cette vieille querelle sur l’inné et l’acquis n’est pas morte : aujourd’hui encore, certains continuent d’affirmer que la prédominance des hommes dans les filières scientifiques est liée à des prédispositions naturelles, tandis que d’autres insistent sur le rôle des apprentissages culturels et sociaux.

  • La motivation ?

Une autre explication invoquée, d’ordre psychologique celle-la, se fonde sur la différence de motivation entre les hommes et les femmes. Ceux-là seraient prêts à tout pour gagner une partie qu’ils considèrent comme une fin en soi, alors que celles-ci, plus dilettantes, seraient moins disposées à faire les efforts nécessaires pour l’emporter. Dans le même registre figure l’argument du psychologue américain Reuben Fine, le grand pédagogue des années cinquante: « Les rôles respectifs de la victoire et de la défaite aident à comprendre pourquoi les échecs sont si peu joués par les femmes, a-t-il écrit. Pour ces dernières, l’ennemi est habituellement une autre femme qu’elle désire vaincre pour conquérir un homme. Une victoire sur un adversaire masculin n’a pas d’intérêt pour elle puisqu’elle l’isole des hommes au lieu de lui gagner leur amour ».


  • La physiologie ?

Veux-t-on une explication physiologique au fait que les femmes se tiennent à l’écart des échecs ? Jacques Bernard fait  référence  à Kasparov qui écrit dans son livre "Le fou devint roi" :
  « Botvinnik croit que les femmes joueront toujours moins bien que les hommes (…) Leur système nerveux conçu pour servir la  fonction de mère diminue leurs aptitudes naturelles à prendre des décisions(…). Les hommes précèdent les femmes dans les tests qui mesurent la faculté de visualisation spatiale et le pouvoir de scinder une structure en unités plus petites, facteur essentiel aux échecs ».

 Pour Jacques Bernard, ces arguments, pour intéressants qu’ils soient, manquent de rigueur. Il préfère retenir l’explication suivante :
 « Pendant des siècles, les femmes ont été maintenues dans une position d’infériorité sociale qui les vouait aux travaux ménagers et aux  contraintes de la maternité. Dans ces conditions,  elles ne disposaient pas du temps nécessaire pour les activités intellectuelles. L’éducation des filles était limitée à un niveau  superficiel et utilitaire, leur connaissances demeuraient fragmentaires et partielles ».


  • Le rejet par les joueurs hommes ?

  Le sociologue met ensuite l’accent sur un autre élément important qui participe, pour une certaine part, au rejet des femmes du monde des échecs. 
« Il semble, nous dit-il, que la société des joueurs d’échecs, possède une solide tradition de dénigrement à l’égard des joueuses et cela mène à un cercle vicieux: les joueurs les méprisent parce qu’elles jouent moins bien. Dès lors, il leur est difficile de s’intégrer véritablement dans les clubs - étape pourtant indispensable pour progresser ! ».

 Jusque dans un passé récent, les échecs ne trouvaient asile que dans cafés ou les clubs, lieux de rencontres essentiellement masculins.
  « La curiosité qu’y suscitent les femmes se teinte parfois de moqueries, de rivalité, de mépris ou de concupiscence, note l’auteur.  Ce qui ne semble guère propice à les y attirer »


  • La misogynie ?

 De plus certains, parmi les plus grands champions, ne se sont pas gênés pour afficher une misogynie souvent grinçante. Quelques déclarations célèbres :

Bobby Fischer : « Les femmes sont stupides comparées aux hommes. Elles ne devraient même pas jouer aux échecs ! Elles ont un niveau de débutant et perdront n’importe quelle partie contre un homme, aussi simple et élémentaire soit-elle. Il n’y a pas une femme au monde à qui je ne puisse donner l’avantage d’un cavalier et gagner malgré tout ».

Kasparov : En  1989 il déclare :  "les femmes ne sont pas adpatées au jeu d'échecs... De plus, les échecs ont également un aspect créatif, ce sont à la fois un sport, un art et une science, autant de domaines où l'avantage de l'homme est évident. C'est également ce qui se passe en littérature, en musique et dans l'art..." 
Mais aussi:
« Il m’est arrivé plusieurs fois de dire qu’il existait deux sortes d’échecs: les vrais échecs et les échecs pour femmes. Désolé ! Une femme ne peut rien faire contre la détermination d’un homme. C’est une simple question de logique. C’est la logique d’un combattant professionnel et les femmes  ne sont pas de bons combattants (…). Les échecs sont un mélange de sport d’art et de science. Or, on peut constater la supériorité des hommes dans tous ces domaines. L’explication réside sans doute dans les gènes »

Garry Kasparov, qui fut battu par Judit Polgar en 2002 justifiait la victoire de Judit par la phrase machiste "parce qu'elle joue aux échecs comme un homme". Déjà en 2001, au tournoi d'échecs majeur de Linares en double ronde avec Kasparov, Karpov, Shirov, Grischuk and Lékó, Judit Polgár avait déjà annulé dans ses deux parties contre Kasparov. En 2002, elle le battra dans le match Russie contre le reste du monde. Ce gain contribua à la victoire finale du Monde sur le score de 52 à 48, et fut historique : pour la première fois dans l'Histoire des échecs une femme battait le numéro 1 mondial en compétition.


Depuis, Garry Kasparov a fait amende honorable en soutenant des manifestations en faveur des échecs et des enfants aux côtés de Judith Polgar.

Nigel Short,
l’un des plus grands joueurs britanniques d’échecs, affirme « Les hommes et les femmes sont programmés de façon très différente ».
 Selon lui, les femmes seraient intrinsèquement plus mauvaises que les hommes dans certaines activités, notamment dans la pratique des échecs. « Ce serait merveilleux de voir davantage de femmes jouer aux échecs, mais plutôt que de se tracasser au sujet de cette inégalité, peut-être devrions-nous simplement prendre acte de cette situation. Car les hommes et les femmes sont programmés de façon très différente. Je m’accommode parfaitement du fait que ma femme possède une plus grande intelligence émotionnelle que moi. Tandis qu’elle n’est pas gênée de me demander de sortir la voiture du garage », a-t-il déclaré lors d’une interview pour le quotidien britannique The Telegraph. Immédiatement, cette réflexion sexiste et misogyne a provoqué un tollé sur la Toile.

  Ces propos assénés comme des certitudes ont amené un observateur du monde des échecs à ce constat: «La joueuse d’échecs est un animal de foire. On l’apprécie davantage pour ses charmes que pour l’intelligence de ses coups. On lui reproche d’appartenir à une minorité qui préfère les cours de danse aux folles nuits passées à pousser du bois sur un échiquier en compagnie d’une pendule schizophrène ».



  • La "menace de stéréotype"

Phénomène bien connu des psychologues, la menace de stéréotype est le fait pour un groupe de se comporter tel que les stéréotypes à son égard le prédisent. Ainsi, quand on donne un exercice de géométrie intitulé “mathématiques” à des enfants, les garçons réussissent mieux que les filles. Pourtant, quand le même exercice est donné en tant que “dessin”, l’inverse se produit, les filles ont des meilleures notes.

Le jeu d’échecs a depuis toujours été perçu comme masculin, tout comme les sciences en général. Ce stéréotype explique pourquoi les parents vont offrir un jeu d’échecs à leur fils plutôt qu’à leur fille et aussi pourquoi une fille peut être persuadée qu’elle n’est pas faite pour le jeu d’échecs avant même d’avoir appris les règles. De plus, une joueuse convaincue d’être naturellement nulle aux échecs aura forcément de moins bon résultats.

De là, éducation et société  amènent des comportements stéréotypés:

    • Objectifs différents:
-Les femmes jouent aux jeux d’échecs surtout pour jouer, le plaisir du jeu et la stimulation intellectuelle
-Les hommes eux c’est pour gagner, un peu comme pour être le mâle dominant du groupe ou le chef


    • Education
-De par l’éducation et tradition les hommes sont là pour gagner, avoir un statut, être fort, se battre et aussi gagner
-De par l’éducation et tradition les femmes elles il s’agit de plaire, d’amener une harmonie, de la douceur, de la grâce et de la beauté


    • Motivations & Investissement personnel
-Les femmes sont moins axées compétitions
-Les femmes consacrent moins de temps que les hommes aux échecs, elles sont donc moins prêtes à atteindre un niveau équivalent
-Les hommes ont la ténacité pour en faire un travail
-Les femmes sont moins focalisées sur la théorie des échecs ("abstraction")
-Les femmes préfèrent la sécurité au hasard du jeu, elles prennent donc moins de risques


  • Evolution de l'intérêt pour les échecs en fonction de l'âge 
-Enfants pas de différence tant dans le nombre que dans le niveau entre les garçons et les filles
-Jusqu’à 10-12 ans à peu près égalité des sexes en niveau et nombre
-Après 10-12 ans les filles disparaissent des échiquiers
-A 15-16 ans presque plus personne de féminin
-Au moment de rentrer dans la vie active les rangs féminins se clairsement, mais là les représentantes du beau sexe étaient déjà peu nombreuses



CONCLUSION

  • l’histoire, la sociologie apportent des explications toutes liées au rôle des apprentissages culturels et sociaux.
  • misogynie et stéréotypes n’arrangent rien !
  • les fédérations font des efforts  “Malgré les politiques ambitieuses des instances dirigeantes françaises pour promouvoir les échecs féminins – par exemple, l’obligation de compter des femmes dans les  équipes lors des compétitions - les mesures prises restent sans effet pour le moment. “  d'après l’auteur de la « Psycho-sociologie des joueurs d’échecs »  
Et, sans doute, "le monde du jeu des Rois restera-t-il, longtemps, encore essentiellement masculin."  

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Complément Interview de J Polgar


La joueuse hongroise d’échecs Judith Polgar s’est convertie à la littérature.

 Elle a déjà publié un livre et n’entend pas s’arrêter là, a déclaré cette éminente femme, grand-maître des échecs, dans un entretien accordé à la Voix de la Russie.




- Avant d’avoir des enfants j’étais joueuse professionnelle et je passais devant l’échiquier entre 6 et 8 heures par jour. Après la naissance de mon premier enfant (mon fils Olivier), j’ai continué à travailler comme avant, mais tout a changé après la naissance, deux ans après, de ma fille Anna. Si je ne peux plus consacrer aux échecs autant de temps qu’avant, ce n’est pas à cause de mes enfants. Je me suis découvert d'autres centres d'intérêt et je me suis lancée dans l'écriture du livre que j'ai intitulé « Comment j’ai battu le record de Fisher », qui vient de paraître en anglais. J’y raconte comment je suis devenue grand-maître à l’âge de 15 ans et 4 mois, soit un mois avant Fisher. Je n’ai publié pour le moment que le premier volume et les deux autres attendent leur tour. L’écriture m’intéresse vraiment mais je me consacre aussi à la promotion du jeu d’échecs et je prépare avec mon équipe un projet qui permettra à partir de 2013 d’étudier facultativement le jeu d’échecs dans les écoles hongroises. Je prépare en ce moment le festival des familles « Une journée d’échecs avec Judith Polgar » qui aura lieu le 17 novembre à Budapest.

- Est-ce que vous enseignez les échecs à vos enfants?
Certes, mes enfants savent jouer aux échecs. J’ai fait intégrer les échecs au programme de l’école anglaise qu’ils fréquentent. Ma fille qui a 6 ans s’y intéresse plus que mon fils qui en a 8. Je pense qu’au bout d’un moment, ils joueront assez bien tous les deux sans pour autant devenir professionnels, parce que cela demande une vraie passion du jeu.

-Vous n’êtes pas déçue?
Pour maîtriser les échecs à un bon niveau, il ne suffit d’être doué ou d’avoir un grand talent. Il faut surtout avoir l’intérêt et même la passion du jeu. C’est d’ailleurs ce que j’essaie d’inculquer à mes enfants. L’amour des échecs et la concentration sur ce jeu sont deux conditions indispensables pour devenir professionnel.

La vie a beaucoup changé par rapport à l'époque où j’ai commencé à jouer aux échecs. Depuis dix ans, les échecs ne se développent pas comme ils devraient se développer. D’une part, ils bénéficient d’une excellente image dans les médias, le cinéma et la publicité et les gens sont convaincus que savoir jouer aux échecs est un signe d’intelligence. C’est donc très positif pour les enfants. Mais le niveau professionnel est, malheureusement, une tout autre histoire. Pour autant que je sache, de nombreux joueurs d’échecs quittent actuellement les rangs des professionnels. Certes, les échecs professionnels ont un grand avenir devant eux mais ils attendent toujours celui qui s’attèlera à cette tâche. 600 millions de personnes jouent actuellement aux échecs dans le monde. C’est une belle performance mais ce qui manque, c’est le professionnalisme et le financement.


-Que faut-il faire pour que la situation change?

Je pense que les hommes dont dépendent les échecs manquent de respect envers les joueurs professionnels. Les exemples abondent dans ce sens. C’est ainsi qu’ à la dernière Olympiade d’Istanbul les organisateurs auraient pu permettre aux meilleurs joueurs qui ont terminé leur parties de rester dans la salle pour regarder jouer les autres. Or, ils ont été priés de quitter la salle sous prétexte que c’est le règlement. Et pourtant, ces joueurs sont la crème du monde échiquéen et il est à mon avis pour le moins étrange de les éloigner de la salle. Le problème réside dans le fait que ceux qui fixent les règles ne sont pas forcément des joueurs d’échecs. Nous sommes comme des marionnettes manipulées et ils ignorent nos sentiments. Je n’ai pas envie de me plaindre et d’ajouter ma goutte d’amertume à la coupe, mais si on corrigeait au moins cette situation, cela contribuerait à changer en mieux l’attitude envers les joueurs et même la question de l’argent cesserait de jouer le rôle prépondérant. Les joueurs sont loin d’être vraiment à l’honneur dans les tournois. Il suffit de regarder les cérémonies d’ouverture et de clôture où l'on distingue de nombreux politiciens et VIP. Certes, leur présence garantit le bon déroulement des tournois, mais n’oublions pas pour autant les joueurs.

-Est-il difficile pour une femme de jouer à l’égal des hommes?
Je ne vois personnellement aucune différence d’autant plus que je joue contre les hommes depuis l’âge de 6 ans. J’ai eu assez de temps pour m’y habituer et c’est naturel pour moi. J’ai fait mes études en suivant les méthodes formulées et élaborées par mon père. Elles se fondent sur le principe que la femme est capable à l’égal des hommes. Et comme jouer contre les hommes, c’est plus pratique, c’est naturellement ce que je préfère.

-Existe-t-il une différence entre les hommes et les femmes en ce qui concerne le style du jeu?
Chaque joueur possède indépendamment de son sexe son style inédit, c’est pourquoi on ne saurait faire de distinction entre les styles féminin ou masculin. Quand on regarde l’évolution d’une partie d’échecs, il est difficile de savoir si c’est un homme ou une femme qui joue.

-Quel genre de joueurs préférez-vous?
Je préfère me mesurer à ceux qui réfléchissent devant l’échiquier sans préparer la majeure partie du jeu à la maison. Je préfère évidemment affronter les meilleurs joueurs mais c’est toujours assez dur.

-Ou avez-vous appris le russe?
J’ai appris le russe au jardin d’enfants. C’est la langue de ma mère qui est née et a grandi en Transcarpatie, en Ukraine. La connaissance des langues aident beaucoup dans la vie et dans le monde échiquéen. L’anglais est à coup sûr la langue la plus demandée, mais il serait bien de maîtriser d’autres langues. Je parle anglais, russe. Espagnol et, naturellement, hongrois, mais je n’aime pas beaucoup étudier les langues et je les maîtrise tout juste pour me faire comprendre. 


Sources



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